samedi 26 décembre 2009
Passage de la frontière à pieds
Il a dû encore pleuvoir toute la nuit. Et ce matin, ce n'est pas plus brillant. On entend la pluie taper sur les tôles de la toiture. Aujourd'hui, c'est le grand jour. La traversée des Andes vers l'Argentine. Les guides préconisent de le faire en deux jours. On va le tenter en une seule journée. Je fais mon sac en tâchant de le rendre le plus étanche possible. J'entoure toutes les affaires de sacs plastiques. Il y a de grande chance que j'arrive trempé et frigorifié. Mais bon, il n'est plus question de rebrousser chemin. Cela fait trois jours qu'on végète dans ce trou perdu et pluvieux. C'est amplement suffisant. Le capitaine du bateau vient nous chercher au gîte à 8 heures et nous emmène jusqu'à l'embarcadère du lac, à 7 kms d'ici. À l'intérieur de la voiture, il y a déjà un néo-zélandais, Chris, et un israélien, Danny. Ils vont faire la même traversée que nous. Je demande au chauffeur si le temps va s'améliorer. Il me répond qu'il va faire beau cet après-midi. J'en profite pour lui demander si le véhicule pour transporter nos bagages de l'autre coté du lac sera bien là à l'arrivée du bateau. "Seguro !" Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression qu'il nous raconte n'importe quoi. Sur le petit embarcadère nous attend un bateau d'une cinquantaine de places. À bord, beaucoup de trouffions qui se rendent au camp militaire de l'autre coté car c'est une zone frontalière mais aussi des cyclistes allemands, suisses et belges qui font la route australe en vélo. La traversée du lac dure un peu plus de deux heures. C'est assez ennuyeux car on n'y voit pas grand chose dehors à cause des nuages bas. Il pleut un peu. Ça promet. Arrivés de l'autre coté du lac, on récupère nos sacs et demandons où se trouve le transporteur de bagages ? Un petit bonhomme vient à notre rencontre et nous annonce qu'il ne peut rien faire pour nous car aujourd'hui il est tout seul et n'a soi-disant personne pour mener le cheval jusqu'à la frontière. Et de toute manière, il ne montera pas pour seulement trois sacs. Je l'engueule en lui disant qu'on aurait pu nous avertir avant le départ. Manifestement, il n'en a rien à foutre. J'ai l'impression que le capitaine du bateau s'est bien foutu de notre gueule. Bref, il va falloir porter les sacs. Ça ne m’enchante pas vraiment. Il est midi, ça nous laisse à peine 6 heures et demi pour parcourir les 24 kilomètres de chemin qui nous séparent du lago Desierto, en Argentine. Là-bas, un petit bateau partira vers 18h30 pour aller de l’autre coté du lac d’où un bus nous emmènera jusqu’à El Chaltén. Je sens que je vais en chier. D'autant plus que mon sac à bandoulières n'est pas vraiment fait pour être porté sur le dos. Il est juste bon pour aller du bus à l'hôtel. Les sangles vont certainement me ronger les épaules. De tout manière, je n'ai plus le choix. Au pire, j'ai ma petite tente légère. Je pourrai faire une nuit dans la montagne si je n'en peux plus. Je sers les sangles à fond pour que le sac porte un peu sur mon dos et pas uniquement sur mes épaules. Nous faisons tamponner nos passeports au petit poste de douane argentin puis nous démarrons notre calvaire. Je dis à Eloïse et Stéphane de ne pas m'attendre. Ils ont de bons sacs à dos et ce sont de bons marcheurs. Il est préférable qu'ils aillent vite pour ne pas rater le bateau. Ils n'ont pas de tente, eux. La route de gravillons grimpe pas mal au début. Elle est plutôt bonne. Il y a de très belles vues sur le lac. Les vtt nous dépassent assez rapidement. Il pleut un peu. J'ai sorti un grand sac poubelle pour me protéger au cas où la pluie deviendrait plus forte. Il n'y a vraiment personne sur le chemin. Je retrouve Chris et Danny qui vont à peu prêt à mon rythme. Chris trimballe une guitare sans housse de protection. Il n'a pas peur qu'elle prenne l'eau. Les nuages se retirent peu à peu et les sommets enneigés apparaissent. Il y en a partout. C'est magnifique. Le soleil se montre enfin. Il commence même à faire chaud. C'est bien la seule chose de vraie que le capitaine du bateau nous a dit à Villa O'Higgins. J'hésite à retirer mon imperméable mais le vent est encore très frais. Je m'arrête vers 14 heures pour manger un des sandwichs que nous a préparés Eloïse ce matin. Délicieux. J'en garde un au cas où je devrais planter la tente ce soir. Remettre mon sac sur le dos est une véritable torture. J'aperçois Chris et Danny qui me rejoignent. J'ai l'impression que Danny a un peu de mal à suivre. Par contre, ça a l'air d'être une vraie promenade de santé pour Chris. C'est un sportif. Gentiment, il me propose de me délester de quelques affaires. Sympa, mais je refuse. Je vais bien y arriver tout seul. Par contre, il me donne une idée pas bête. C'est de mettre mon petit sac à dos sur le ventre et de poser les lanières du gros qui me scient les épaules sur celles du petit. C'est effectivement beaucoup mieux. Je souffre un peu moins. Je m'arrête même de temps en temps pour prendre des photos. Dommage qu'on soit dépend d'un timing serré. J'aimerais m'arrêter à certains endroits pour contempler les merveilleux panoramas. Mais il faut accélérer le rythme si je ne veux pas rater le bateau. J'imagine en permanence arriver trop tard à destination et de voir le bateau partir au loin. Ça me motive à avancer. La fatigue commence sérieusement à se faire ressentir. Je suis obligé de m'arrêter cinq minutes toutes les heures pour reposer mes épaules. Plusieurs arbres sont couchés sur la route et quelques ponts sont cassés. Impossible donc à un véhicule de monter là-haut. Ils nous ont vraiment raconté n'importe quoi. À un moment la route se sépare en deux. Heureusement, Danny m'a attendu pour me montrer le bon chemin. Sympa. Puis, nous arrivons au col où se trouve la frontière. On se prend en photo devant les panneaux du Chili et de l'Argentine. Sacré souvenir. C'est la première fois que je passe une frontière comme ça. Il est 16h15 et deux randonneurs qui vont dans l'autre sens nous confirment qu'il faut bien deux heures pour arriver au lago Desierto. Ça va être très juste. Il ne faut pas traîner. Là, s'arrête la bonne piste. Du coté argentin, il faut emprunter un petit chemin de terre relativement bien balisé. Il passe souvent dans le lit des petites rivières ou à travers les marécages. Heureusement qu'il ne pleut pas. Avec mes chaussures en toile à deux balles, j'aurais eu les pieds trempés. Il faut que je danse sur les pierres et les branches d’arbres pour ne pas prendre l'eau. Tout ça avec mes sacs lourds et branlants. Pas commode. Mais je me débrouille pas trop mal. Je réussirai même à arriver les pieds secs. Nous traversons de belles forêts. C'est impressionnant de voir le nombre de troncs d'arbres morts ou brûlés. Dans la descente, je rattrape puis dépasse la plus part des cyclistes qui en chient vraiment. Le chemin n'est vraiment pas fait pour les vélos. Surtout lors du passage des torrents sur des troncs d'arbres qui tiennent à peine. Ils ont les chaussures et les pantalons trempés et plein de boue. Une fille suisse n'en peut plus. Je pousse un peu son vélo pour l'aider puis lui souhaite bonne chance. Il faut que j'accélère le pas, il est déjà 18 heures. J'aperçois enfin le lac et le bateau tant espéré. Ouf, ça devrait le faire. Arrivé sur place, je fonce au poste de douane pour faire tamponner mon passeport. À l'intérieur, il y a Chris et Danny. Le douanier est un peu ronchon mais sympathique. Le bateau part dans dix minutes. Sauvé ! Je retrouve Stéphane et Eloïse sur le bateau. Ils sont arrivés il y a à peine une demi-heure. Je ne me suis pas trop mal débrouillé finalement. Tout le monde se congratule. Faut dire qu'on a fait fort. Ils sont épatés de voir mes chaussures quasiment sèches. Les leurs sont pleines de boue. Je pose mon sac dans un coin du bateau et m'assoit pour souffler un peu en attendant le départ. Les nuages reviennent et la pluie recommence à tomber. Le bateau met à peine une demi-heure pour atteindre l'autre rive. Nous attendons le bus qui doit nous emmener à El Chaltén. Comme le vent refroidit sérieusement l'atmosphère, je vais voir si il y a une salle d'attente dans la maison du gendarme qui se trouve à coté de là. Le gendarme me propose gentiment d'attendre chez lui au coin du feu de la cheminée. C'est pas de refus. On appelle les quatre autres. La femme du gendarme est péruvienne. Elle est contente de discuter avec Stéphane et Eloïse qui reviennent du Pérou. Ils lui montrent leurs photos. Elle est ravie. On a même le droit à des cafés chaud. Que du bonheur ! Puis le bus arrive enfin vers 21 heures. On est vanné. On met plus d'une heure pour arriver à El Chaltén. C'est un village de petits chalets balayé par les vents et entouré de montagnes. Beaucoup de constructions neuves sont en cours. Dans quelques années, on ne reconnaîtra plus rien ici. Une fois sur place, difficile de trouver des chambres disponibles. Tout est complet. Vacances obligent. Finalement, nous trouvons un hôtel qui loue un petit cabanon pas trop cher. Chris se joint à nous. Danny préfère dormir sous la tente avec d'autres israéliens. La douche est miraculeuse. J'ai l'impression de ressusciter. Il est 23 heures mais nous trouvons un restaurant ouvert. Une bonne truite et un bon verre de vin tinto. Le paradis. Nous nous couchons vers minuit. Quelle journée mémorable !
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